Déjà, dans Dillinger de John Milius (1967), il déclarait : « Je suis John Dillinger. Aujourd'hui va devenir un des plus grands jours de votre vie. Ne le changez pas en votre dernier ». Actuellement, c'est Michael Mann qui lui rend hommage avec son dernier film, Public Enemies, inspiré du livre éponyme de Bryan Burrough, mettant en scène Johnny Depp, Marion Cotillard et Christian Bale dans les rôles principaux.
Ce braqueur de banque hors pair, fruit d'une période de trouble appelée la Grande Dépression, va surtout devenir le plus grand cauchemar de John Edgar Hoover, patron du FBI. Désigné « ennemi public numéro 1 » par ce dernier, John Dillinger sera traqué sans relâche par l'implacable agent fédéral, Melvin Purvis, qui en fera très vite une affaire personnelle.
Petit rappel historique : durant la Grande Dépression, les braqueurs de banque ne passaient pas pour des voyous mais pour des libérateurs, qui éradiquaient un vice (le capitalisme) qui venait prendre leurs maisons et leurs vies. Johnny Dillinger incarnait cet anti-héros qui se moquait ouvertement de l'argent, il ne vivait que pour cette excitation qui anime chaque truand dans son genre, celle de braver la prohibition et de gagner en notoriété. Et sa célébrité fut à la hauteur de sa capacité à manipuler les médias...
Le John Dillinger imaginé par Michael Mann et interprété par Johnny Depp est un exemple de cynisme, d'arrogance et d'hédonisme. Un regret cependant : malgré la virtuosité technique, avec l'utilisation de la caméra numérique qui nous donne une impression de réalisme époustouflante, nous avons l'impression de regarder ce grand homme du crime depuis une fenêtre sans jamais pouvoir l'approcher. Ses pensées restent impénétrables, on ne connaît rien de ses sentiments par exemple lors de son histoire d'amour avec Billie Frechette. Nous observons un homme seul face à son destin... Et l 'histoire se transforme rapidement en chasse à l'homme d'une froideur presque palpable.
Néanmoins, on ne peut pas enlever à Michael Mann son professionnalisme et son sens du détail, notamment pour les éléments du décor qui nous plongent en plein Chicago des années 30 : Fords V8, costume trois pièces et cheveux lustrés pour les hommes, robe charleston et cheveux mi-longs bouclés pour les femmes, pistolets automatiques pour les malfrats, et Billie Holiday pour la bande-son. Notons aussi que Marion Cotillard est sublime en Billie Frechette, Johnny Depp, égal à lui-même dans sa grandeur, et que les clins d'œil au film Bonnie and Clyde d'Arthur Penn (1967) sont toujours appréciés. Bref, ça vaut quand même le coup d'aller le voir pour saisir l'envergure du personnage de Dillinger et la raison pour laquelle aujourd'hui, le FBI s'entraîne sur la photo du criminel durant leurs séances de tirs.
Enfin, tout simplement parce que c'est quand même la dernière production du talentueux Michael Mann ! Qui a relevé un sacré challenge en choisissant de retracer une fois de plus la vie de Johnny Dillinger, à l'heure où il est difficile de se démarquer dans la masse des « biopics » d'Hollywood. Un petit avant-goût avec la bande-annonce ?
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