Il est le M. Bougon du 7ème Art, mais on trouve des photos de lui souriant ! Le monde, la politique, le sort des intermittents et des cités, etc. : l’acteur engagé n’a pas souvent de quoi sourire. Mais le cinéma fait partie de ses bonheurs, de ses souvenirs d’enfance : son père travaille comme guichetier pendant le week-end. Avec ses parents, il laisse les fauteuils des salles obscures et le soleil d’Algérie : il migre vers les rayons de Cannes. Au lycée, il ne rêve pas du Festival, mais de classes : il veut enseigner le latin et le français. A Paris, il abandonne l’idée de corriger les fautes d’orthographe et se rend au Cours Simon. Mais celui qui voulait aussi écrire des slogans pour la pub ne se précipite pas sous les projecteurs. Il préfère les coulisses, l’écriture, les pièces. Son talent est quand même mis en avant quand il reçoit un prix pour Le Doux visage de l’amour. Il échange finalement sa plume contre une seringue pour jouer un anesthésiste sur grand écran, dans Le Toubib, son premier film. Son rôle dans Le Grand Pardon le révèle au public : il n’a pas le costume d’un instituteur, mais celui d’un proxénète. Il enchaîne alors les seconds rôles et est nominé dans cette catégorie aux César. Puis sa figure de clown triste, tendance grognon, arrive en tête d’affiche ! Le râleur sympathique, attachant, devient populaire. Avec Agnès Jaoui, sa compagne, il s’écrit des rôles et triomphe au box-office dans Un air de famille, On connaît la chanson ou Le Goût des autres. Jean-Pierre Bacri a le goût des autres : il se sert de sa célébrité, acquise grâce à des succès comme Didier, pour faire entendre des voix anonymes, avec moins d’écho.